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L’élection du Président des Etats-Unis:

Publié le par Mariana-Hélène Firdion

L’élection du Président des Etats-Unis est un moment phare de la vie politique américaine. Elle s’inscrit dans un cycle de quatre ans puisque le mandat présidentiel est de quatre ans, renouvelable une fois. Elle reflète les grandes lignes de la vie politique américaine : jeu entre les deux grands partis qui organisent la vie politique américaine, républicain et démocrate, un système de désignation complexe fondé sur l’existence d’élections primaires et reflétant un besoin de démocratie devant se concilier avec les exigences du fédéralisme.
Elle dure plusieurs mois et se découpe en différentes phases : la phase en amont de la campagne officielle durant laquelle sera désigné le candidat de chaque parti la phase dite de la campagne et de l’élection au terme de laquelle un candidat est élu.

I. La désignation des candidats

Nous ne nous intéresserons qu’aux deux grands partis entre lesquels se joue réellement l’élection du président des Etats-Unis.

A. L’organisation d’élections primaires

A.1. La phase antérieure : la déclaration de candidature

Les deux grands partis : les Républicains et les Démocrates
Les partis politiques américains diffèrent très nettement des partis européens. Ils sont à la fois puissants mais relativement peu organisés.
Il n’existe pas de différence idéologique notable entre eux. Ils partagent les mêmes valeurs sur le libéralisme économique et politique, sur le capitalisme, la démocratie. Ils ont par contre des vues différentes sur les moyens à mettre en œuvre pour concrétiser ce programme. Les républicains sont plus conservateurs, plus moralisateurs. Ils nourrissent de la défiance à l’égard de l’état fédéral et de son « interventionnisme » au nom des libertés individuelles dont ils sont d’ardents partisans. Les démocrates ont une fibre sociale plus marquée, qui les rapprochent davantage des partis politiques européens. Ils sont prêts à admettre l’intervention de l’Etat dans l’économie et dans la société de façon plus marquée que les Républicains.
Cependant, il faut comprendre deux choses. Ces grandes lignes sont approximatives. Même si les Républicains dénoncent l’interventionnisme de l’Etat, ils soutiennent activement des programmes militaires ou spatiaux fondés sur la dépense publique. Ils subventionnent les agriculteurs américains. Ils peuvent mener vers l’extérieur une politique d’exportation assez agressive. De même, bien que traditionnellement isolationnistes (ils refusent d’intervenir dans le monde, notamment en Europe, tout en faisant du continent américain un pré carré des Etats-Unis), ce sont des présidents républicains qui ont été à l’origine des deux guerres du Golfe par exemple. A l’intérieur des partis il existe des courants très différents, avec des lignes de fracture entre conservateurs et libéraux.

A.2. La déclaration de candidature

A l’intérieur des partis des hommes déclarent leur candidature après de nombreuses tractations internes. Ils briguent l’investiture de leur parti pour en devenir le candidat officiel.
Cette déclaration est informelle dans le sens où il n’existe pas de procédure établie pour le faire. Il s’agit d’une annonce faite par l’homme politique à l’instar de ce qui se passe le plus souvent en France.
Les conditions pour être candidat sont assez peu nombreuses et sont inscrites dans la Constitution et ses amendements, il faut :
- avoir plus de 35 ans, 
- être citoyen des Etats-Unis de naissance, 
- avoir résidé aux Etats- Unis pendant au moins 14 ans, 
- ne pas être candidat à un troisième mandat.
Le déroulement des élections primaires au sein des partis. Afin de déterminer quel sera le candidat officiel du parti, les deux grands partis ont l’habitude d’organiser en leur sein des élections primaires qui ont pour but de désigner des délégués locaux qui à leur tour désigneront le candidat final. Les délégués locaux s’engagent sur le nom d’un candidat. Il existe deux modalités différentes pour choisir ces délégués locaux.

A.3. Les primaires présidentielles
Les délégués locaux sont désignés par les électeurs de base. 
Les primaires peuvent être ouvertes, n’importe quel citoyen peut y participer même s’il n’adhère pas au parti. Ce système est très controversé car les adversaires votent pour les délégués soutenant les candidats les moins bien placés. 
Les primaires peuvent être fermées, elles sont alors réservées aux seuls membres du parti.

A.4. Les conventions d’Etats et les caucus

Les délégués locaux sont désignés au sein d’une assemblée réunissant les dirigeants locaux des partis avec des représentants des différents comités du parti présent dans la circonscription.

A.5. Le calendrier des primaires

Quelle que soit la technique de primaires retenue, un des enjeux des primaires est celui du calendrier. Les primaires ont généralement lieu entre février et juin de l’année de l’élection. Elles débutent toujours dans le New Hampshire, petit Etat du Nord Est des Etats-Unis car la loi de cet Etat prévoit que les primaires doivent y être organisées nécessairement avant celles des autres Etats. L’Iowa suit. Organiser en premier les primaires donne de l’importance à un Etat puisqu’au fur et à mesure des primaires, les candidats perdant le soutien financier nécessaire pour mener leur campagne à l’intérieur de leur parti s’effacent. Il existe de ce fait une sorte de surenchère des Etats pour être les premiers à organiser les primaires. D’autres Etats pour éviter ce phénomène se sont mis d’accord pour organiser leurs primaires le même jour, un mardi du mois de mars dit le « Super Tuesday ».

B. La réunion de la convention du parti

Les délégués locaux se réunissent ensuite à la Convention du Parti, sorte de grande messe festive et assez folklorique. Les démocrates l’organisent depuis 1837, les Républicains depuis 1854. Elles se tiennent traditionnellement durant l’été précédant l’élection présidentielle. Malgré l’aspect festif de ces conventions, il existe de vrais enjeux puisque les grandes lignes du programme présidentiel y sont fixées. Des procédures internes sont fixées pour désigner le candidat à l’élection présidentielle et son vice-président. Il ne faut pas oublier que c’est un « ticket » qui se présente, le Président et son vice-président. Ce dernier est associé à la campagne présidentielle de façon à toucher l’électorat le plus large possible. Les délégués locaux s’étant engagés sur le nom du candidat qu’ils soutiennent, sa désignation lors de la Convention est assez formaliste.
Par contre celle du vice-président donne lieu à des enjeux beaucoup plus grands car parfois il doit être désigné lors de la Convention. En effet, souvent le candidat a choisi son vice-président mais il arrive cependant que le parti souhaite en désigner un autre pour trouver un équilibre dans  le « ticket » pour le rendre plus attractif à l’éventail le plus large d’électeurs.

II. Le processus électoral

A. Le scrutin


A.1. Une élection au suffrage universel indirect

L’élection des grands électeurs est traditionnellement fixée le mardi suivant le premier lundi de novembre tandis que la campagne débute le premier lundi de septembre. Elle dure donc à peu près deux mois. Les candidats sillonnent le pays accompagné de leur vice-président.
Il s’agit d’une élection au suffrage universel indirect : les américains sont en effet appelés à désigner des grands électeurs qui à leur tour désigneront le président élu.

A.2. L’élection des grands électeurs

Chaque Etat fédéré dispose d’un certain nombre de grands électeurs proportionnellement à sa population. Pour 50 Etats il existe 538 Grands électeurs.
Il y a une différence très importante dans le nombre de Grands électeurs entre les différents Etats. Ainsi, pour gagner, un candidat doit « remporter » les grands électeurs des 11 Etats les plus peuplés et il peut perdre tous les autres. L’élection des Grands électeurs se fait au suffrage universel direct par scrutin de liste à un tour. Dans la plupart des Etats, le parti qui l’emporte est celui qui a obtenu la majorité relative des voix, il obtient en effet la totalité des sièges de grands électeurs selon le principe « winner takes all ». Le système est donc extrêmement radical et efficace. A partir de ce moment là on sait quel parti et donc quel candidat a emporté l’élection présidentielle.

B. Le vote des grands électeurs

Les grands électeurs ont en général un mandat impératif purement moral et non juridique mais il est difficile de concevoir qu’un grand électeur élu pour le compte d’un parti puisse voter pour le candidat de l’autre. D’ailleurs certains Etats interdisent cette pratique. Le premier lundi suivant le deuxième mercredi de décembre, les grands électeurs se réunissent dans la capitale de chaque Etat fédéré et vote pour le candidat de son parti. Le 6 janvier le dépouillement des bulletins a lieu à la Chambre des Représentants. Le Président et le vice-président doivent obtenir la majorité absolue des voix des grands électeurs dans deux votes distincts. Si cela n’était pas le cas, le Président serait nommé parmi les trois candidats arrivés en tête par la Chambre des représentants et le vice président par le Sénat entre les deux candidats arrivés en tête. Ceci n’est pas un cas d’école puisque cela s’est produit par deux fois, en 1800 pour Thomas Jefferson et en 1824 pour John Adams. Le président nouvellement élu prend ses fonctions le 20 janvier.

III. Les particularités du scrutin

L’élection du Président américain relève d’un processus extrêmement long et entend prendre en compte un certain nombre d’éléments qui sont difficiles à saisir.
Elle connaît un effet classique tenant au mode de scrutin indirect qui induit des distorsions plus ou moins importantes entre l’opinion de l’électorat et le candidat finalement élu, la présence de grands électeurs agissant comme un filtre.
Il faut se souvenir qu’en 1876, le démocrate S. Tilden obtint plus de 200 000 voix d’avance sur le républicain R. Hayes mais à la réunion du collège électoral, ce dernier obtint une voix de plus que Tilden et fut donc élu. La même chose se reproduisit en 1888, le républicain Harrison obtint une large majorité au collège électoral (233 contre 168 à son adversaire démocrate G. Cleveland) alors même qu’il lui avait 100 000 voix de moins que son adversaire. Cet événement se reproduisit en 1992. B. Clinton était arrivé en tête dans 33 Etats obtenant 370 grands électeurs soit 68,7% de leurs voix alors qu’il n’avait obtenu la majorité absolue que dans quatre Etats et obtenu en termes de vote populaire seulement 43% des votes. En 2016, il en fut de même avec D. Trump, il fut le candidat ayant obtenu au total le moins de voix en termes de vote populaire, mais il remporta l’élection grâce aux grands électeurs. 

IV. Comparaison avec le modèle  français pour l’élection présidentielle

Le modèle  français s’est développé sous la Vème République et est beaucoup plus simple que le système américain puisque  le système français repose sur une élection au suffrage universel direct avec une circonscription unique au scrutin majoritaire à deux tours.  
Cependant il est difficilement transposable. Les Etats-Unis sont un Etat fédéral, il faut trouver un équilibre entre l’expression directe du peuple et les Etats fédérés. Cette composante a souvent été négligée par les commentateurs européens, elle est pourtant essentielle pour expliquer ce système d’élections à étage complexe. En outre, l’élection du président au suffrage indirect par le biais de représentants des Etats fédérés repose sur une logique institutionnelle plus globale. Le Président ne doit pas bénéficier d’une légitimité plus forte que celles des représentants du Congrès qui sont eux-mêmes issues de l’élection au suffrage universel direct mais par Etat. En effet il ne faut pas oublier que jusqu’au milieu du 20ème siècle le congrès américain était l’institution clé autour de laquelle fonctionnait le système américain. Il garde d’ailleurs aujourd’hui de nombreuses prérogatives.

Texte de Valérie Pouchelon-Martel - Université Jean Moulin Lyon 3. 
Photo CC0 Public Domain. 

L’élection du Président des Etats-Unis:
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