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L’Accord de Paris sur le climat est entré en vigueur :

Publié le par Mariana-Hélène Firdion

Depuis la fin du 19ème siècle la température moyenne de la terre ne cesse d’augmenter

En terme de stabilité des sociétés à travers le monde, plusieurs analystes militaires estiment qu'à long terme les menaces principales qui pèsent sur l’humanité ne sont ni les guerres, ni le terrorisme, mais les dérèglements climatiques à venir.  

Depuis la fin du 19ème siècle, la température moyenne n’a cessé d’augmenter. Le temps où le changement climatique était contesté est terminé. 
Entre 1850 et 2012, la température de la terre a augmenté de 0,85°C. Les projections scientifiques prévoient une augmentation de 2°C à 4°C d’ici 2100. 
Selon l’agence américaine d’observation océanique et atmosphérique (NOAR), les 10 années les plus chaudes sur la terre enregistrées depuis 1880 sont toutes ultérieures à l’année 1998. 
Il s’agit des années, 1998, 2002, 2003, 2005, 2006, 2007, 2009,2010, 2013, et 2014. 

Les conséquences de ce réchauffement sur la surface du globe concernent toutes les régions du monde. D’ici 2100,  les zones humides auront tendance à devenir encore plus humides et les zones sèches encore plus sèches. Plus de chaleur entraînera forcément un déplacement des espèces animales vers des latitudes et des altitudes plus élevées. Selon une étude de la revue américaine Science, ces espèces se déplaceront du sud vers le nord dans l’hémisphère nord, et du nord vers le sud dans l’hémisphère sud. 
Il y aura aussi un déplacement des maladies endémiques, une étude sur la malaria conduite sur une période de plus de 10 ans par des géographes et des biologistes a montré que lors des années chaudes les cas de malarias augmentaient nettement. Il y aura aussi la fonte des glaciers dans les Alpes, les Andes, l’Himalaya. La fonte des glaciers des pôles nord et sud a déjà commencé. 
La banquise arctique a déjà fondu de moitié entre 1980 et 2012.  Il ne faut pas oublier aussi la montée croissante du niveau des océans et leur acidification. Certains Etats comme le Bangladesh ou la Hollande risquent de souffrir terriblement de la montée des eaux. Dans une moindre mesure, la Floride, la Suède, la France et le Royaume-Uni risquent d’en pâtir également. 

Comment est-on arrivé à ces constats ? 

On y est parvenu garce à de nombreux relevés effectués par les chercheurs du GIEC (groupe intergouvernemental  d’experts sur l’évolution du climat) en anglais le IPCC  (intergovernemental panel on climate change). 

Le GIEC ou IPCC, fut créé en 1988 par l’Organisation météorologique mondiale l’OMM (en anglais  WMO ) et par le programme des Nations Unies pour l’environnement le PNUE (en anglais UNEP). 
Le GIEC est un organisme qui fait la synthèse de travaux venant de laboratoires et de chercheurs du monde entier et issus de toutes les disciplines. Il s’agit de météorologues, d’océanographes, de glaciologues, de mathématiciens, d’hydrologues, de géographes, de sociologues, d’économistes. 

Une étude publiée en 2013 dans la revue américaine (ERL), a montré qu’entre 1991 et 2001, sur 12000 articles traitant du changement climatique, 97% des auteurs concluaient que l’Homme est bien le responsable de ce changement climatique.

Il y a donc bien un consensus de la communauté scientifique internationale. 
D’ailleurs nous voyons déjà les conséquences du changement climatique avec la multiplication de phénomènes extrêmes, comme par exemple aux États-Unis  avec les ouragans Katrina en 2005 et Sandy en 2012, le typhon  Haiyan aux philippines en 2013, ou encore, le cyclone Pam dans le pacifique en 2015. 

Avant l’Accord de Paris de 2015, les sommets et les protocoles s’étaient soldés par des échecs 

Avant l’Accord de Paris de 2015, les acteurs politiques et économiques du monde entier avaient déjà tenté de trouver des solutions face au réchauffement climatique. 
Le sommet de la terre de Stockholm de 1972  fut la première conférence mondiale élevant la question de l’environnement au rang de problème international d’importance majeure. Il fut organisé par l’ONU en vue de promouvoir le développement durable. 

Le sommet de la terre de Rio de Janeiro en 1992 fut le 3ème sommet de la terre organisé par l’ONU (l’ONU a organisé au total 4 sommets de la terre). Le Sommet de Rio fut particulièrement important. Cette conférence a regroupé 178 états et a débouché sur l’adoption d’une convention cadre sur le changement climatique qui s’appuie sur plusieurs principes, dont : 
- le principe de la responsabilité, les pays développés doivent être à l’avant-garde dans la lutte contre le changement climatique. 
- le principe de précaution, l’absence de certitude scientifique ne doit pas servir de prétexte à ne pas agir.

De plus, il avait été décidé lors du sommet de la terre de Rio de Janeiro en 1992, que les Etats industrialisé avaient une part de responsabilité plus importante que les autres dans le réchauffement climatique. C’est pourquoi on parle de  responsabilité commune mais différenciée  lors des négociations. Il est admis qu’il doit y avoir des transferts technologiques et financiers des pays riches vers les plus vulnérables.
Cependant, il n’y avait pas d’objectif de réduction de gaz à effet de serre quantifiée lors du sommet de Rio de Janeiro 1992. 

Le protocole de Kyoto en 1997 a permis de franchir un cap dans la lutte contre le réchauffement climatique. 
Les Etats partis ont accepté pour la première fois de s’imposer des objectifs de réduction de gaz à effet de serre quantifiée ainsi que des contraintes. Les états économiquement forts s’étaient engagés à réduire leurs émissions de gaz à effet de serre. 
L’Union européenne s’était engagée à une réduction de 8% d’ici 2012. 
Le Canada et le Japon s’étaient engagés à une réduction de 6%. Les Etats-Unis s’étaient engagés à une réduction de 7%. 
Par contre, l’Australie avait refusé de s’engager vers une diminution des ses émissions de gaz à effet de serre. 
La Russie et la Chine ne s’étaient engagées à aucune limitation de gaz à effet de serre. 

Le protocole de Kyoto n’est entré en vigueur qu’en 2005. Or, on s’est aperçu rapidement que ce protocole était un échec. Il n’était pas suffisamment ambitieux. 
En 1990 les émissions de CO2 étaient de 28,3 milliards de tonnes, en 2010 malgré l’accord de Kyoto, les émissions de gaz avaient considérablement augmenté. Ils étaient de 37,6 milliards de tonnes soit une augmentation de 33% par rapport à 1990. 

Certains Etats ont respecté leurs engagements comme les Etats membres de l’Union européenne. Mais ce ne fut pas le cas des plus gros pollueurs. Les États-Unis ont signé le protocole mais ne l’ont jamais ratifié, et, le Canada s’est retiré du protocole. 
La Chine devenue depuis le premier émetteur de gaz n’était pas concernée par le protocole de Kyoto car elle faisait encore partie des pays en développement en 1992.  En 2012, grâce à son essor économique, la Chine est devenue, malgré elle, le premier pollueur mondial. 
En 2012 la Chine était responsable de 25% des émissions de gaz à effet de serre, les USA de 14 %, l’UE de 10%. Le protocole de Kyoto fut un échec cuisant. 

En 2009, la conférence de Copenhague devait permettre d’intégrer certains Etats en développement dans le mécanisme de lutte contre le réchauffement climatique, à commencer par la Chine. 
En 2009 à Copenhague lors de la conférence de la COP 15, les Etats les plus riches s’étaient engagés à donner 100 milliards de dollars par an à partir de 2020. Pour le moment ce fonds vert pour le climat dépasse juste les 10 milliards de dollars et son mode de financement n’est pas clair.
Pour abonder ce fonds, il faudrait des subventions publiques, et privées et aussi des taxes sur les transactions financières au niveau mondial qui pourraient rapporter 35 milliards de dollars par an selon la Commission européenne. 
Il faut comparer cette somme avec les 500 milliards de dollars de subventions directes accordées aux entreprises liées à l’extraction de l’énergie fossile (charbon) rien que pour l’année 2015. 
La conférence de Copenhague s’est également soldée par un échec, sans engagement chiffré. 
Face à tous ces échecs il a fallu trouver un nouvel accord international en matière environnementale.
Les conférences de Cancún, Durban, Doha, Varsovie, Mima, ont toutes eu pour objectif de préparer un accord international plus ambitieux, il s’agit de l’Accord de Paris de 2015.

L’Accord de Paris de 2015, un accord international d'une importance majeure

A l’ occasion de l’Accord de Paris de 2015 fut organisée la COP 21 à Paris. 
Le 1er octobre 2015, 195 Etats de la convention cadre des Nations Unies sur le changement climatique, se sont engagés à contenir le réchauffement au dessous de 2°C d’ici 2100. 
En 2015 le réchauffement était déjà de 0,85°C. Il reste donc une marge de 1,15°C d’ici 2100. 
Certaines îles du pacifique sont dores et déjà menacées de disparition par le réchauffement climatique même s’il est limité à 2°C.

Limiter le réchauffement nécessite de remplir 3 conditions :
- tout d’abord, les émissions de gaz à effet de serre doivent cesser d’augmenter avant 2020.
Depuis 1975 la courbe de croissance de CO2 est en constante augmentation. 
- ensuite, il faut réduire nos émissions de CO2 de 40 à 70 % d’ici à 2050.
-enfin, entre 2050 et 2100 nos émissions de CO2 doivent être égales ou inferieures à ce que la terre peut absorber. 

Trouver un accord pour contenir le réchauffement climatique a donc été l’objectif de l’Accord de Paris de 2015. Pour cela les Etats parties à cet accord international, se sont engagés à réduire leurs émissions de gaz à effet de serre avant même l’organisation de la COP21. 

Parmi les 195 Etats signataires de l’accord, certains sont de grands émetteurs de gaz à effet de serre

La Chine est depuis 2010 le premier émetteur de gaz à effet de serre, mais elle a commencé à prendre ses responsabilités. Le parti communiste a pris des engagements. Par exemple, il s’est engagé à diminuer ses émissions de CO2 avant 2030, d’augmenter le stock de forêts de 4 milliards et demi de mètres cube. Les forêts permettent d’absorber le CO2 et donc de faire baisser les émissions. 
Les États-Unis forment le second Etat émetteur de gaz à effet de serre. Ils se sont engagés à réduire leurs émissions de 25 % d’ici 2025. Barack Obama, Président des États-Unis de 2008 à 2016 a fait de la lutte contre le changement climatique l’une de ses priorités. Mais il a dû faire face à un Congrès républicain fortement climato sceptique, ce qui a bloqué tout traité international nécessitant une ratification du Congrès. 
Certains états fédérés des États-Unis font des efforts plus importants que d’autres. C’est le cas notamment de la Californie, qui serait la 10ème puissance économique mondiale si elle était indépendante. Elle s’est engagée à réduire ses émissions de gaz à effet de serre à hauteur de 40% d’ici 2030. 
L’Union européenne est le 3ème émetteur de gaz à effet de serre. Elle s’est engagée à réduire de 40% ses émissions de gaz à effet de serre d’ici 2030. 

L’Inde, 4ème pollueur mondial ne s’est engagé à rien du tout. 
Par contre l’Inde a fait la promesse d’augmenter la part des énergies propres à hauteur de 40%. 
La Russie, 5ème pollueur mondial n’a pas encore ratifié l’Accord de paris mais pourrait le faire dans les années à venir. 
Le Japon, 6ème émetteur mondial de CO2 a décidé de réduire ses émissions de 26% d’ici 2030. 

Il y a aussi des Etats qui refusent de s’engager dans la limitation des émissions de gaz à effet de serre. 
Il s’agit de l’Arabie saoudite (11ème plus grand pollueur mondial) et de l’Iran (15ème plus grand pollueur mondial). Il en va de même pour le Qatar, l’Angola ou encore le Venezuela. 
L’absence de ces Etats dans les négociations engagées pour l’Accord de Paris a été remarquée. 

Pour rester sous la barre des 2°C, il faudra aussi compter sur la mobilisation des acteurs non étatiques comme les entreprises, les collectivités locales, et la société civile 

Le secteur privé est de plus en plus présent dans la lutte contre le réchauffement climatique.
A New York en 2014 des entreprises se sont regroupées dans une initiative intitulée RE100 dont l’objectif est de s’approvisionner à 100% en énergie renouvelable. 
Le niveau local est une échelle intéressante pour agir, d’abord parce que les impacts du changement climatique  se voient sur le terrain. C’est le maire de la Nouvelle-Orléans qui doit réparer les dégâts causés par l’ouragan Katrina. 
Mais cela sert aussi à tester des politiques. Par exemple, la Chine a mis en place son marché carbone dans 5 villes et 2 provinces et prévoit de l’étendre sur tout son territoire dès 2017. 
Enfin il y a le rôle des citoyens, si la Chine bouge, c’est avant tout parce que ses citoyens n’arrivent plus à respirer dans les villes. 

De nombreux signaux positifs existent, la capitalisation des entreprises charbonnières en Australie est en chute libre depuis 3 ans. De grands fonds se désintéressent de l’énergie fossile. C’est le cas du fonds souverain norvégien mais aussi de la fondation Rockefeller. 
La déforestation est en net recul au Brésil. Entre 2005 et 2012 la superficie déforestée a diminué de 70%. 
Plus de 27 Etats à travers le monde dont l’Allemane, l’Indonésie, le Mexique ont profité de la baisse du prix du pétrole pour diminuer les subventions aux énergies fossiles. L’Inde de son côté a décidé de doubler les taxes sur le charbon. Il y a donc tout de même un changement de mentalité qui s’opère. 

L’accord de Paris de 2015 est entré en vigueur le 4 novembre 2016

Du 7 au 18 novembre a lieu à Marrakech, la COP22, 22e conférence des parties de la convention-cadre des Nations unies sur les changements climatiques. La COP 22 doit mettre en œuvre l’accord de Paris de 2015. 
L’accord de Paris de 2015 est entré en vigueur le 4 novembre 2016 avec une rapidité exceptionnelle pour un accord international. Il concerne 195 Etats. Au moins 177 Etats l'ont déjà signé dont 93 d'entre eux, représentant 65,8 % des émissions mondiales de gaz à effet de serre, l'ont déjà ratifié. 

Les engagements pris par les 195 états lors de l’accord de Paris ne sont toutefois pas suffisants pour rester sous la barre des 2°C d’ici 2100 

Selon les experts du Climate Action Tracker, même si les engagements des états étaient respectés, le réchauffement atteindrait plutôt 2,7°C en 2100. 
Il aurait fallu que l’accord de Paris soit plus ambitieux mais aussi plus équitable avec des efforts différenciés selon le niveau de développement des Etats. Il faut que les Etats soient solidaires d’un point de vue financier et technologique. Il faut aussi que cet accord soit durable, il doit se concevoir sur le long terme. On ne va pas renégocier tous les 5 ans. 

Certaines questions ne trouvent toujours pas de réponses 
Comment surveiller l’engagement des Etats en matière d’émission de gaz à effet de serre ? 
Les vérifications sur place seraient difficiles à mener car certains Etats pourraient y voir une atteinte à leur souveraineté.
Cet accord international n’est pas contraignant, comme dans la très grande majorité des accords internationaux, il n’y a pas de sanction prévue en cas de non respect. 
Par ailleurs, il faut contrôler aussi les compagnies privées, Volkswagen n’a pas hésité à tricher pour continuer à vendre ses voitures sur le marché américain. 
Enfin, en tant que citoyens, nous avons également tous un rôle à jouer. Par exemple en Australie, les électeurs sont en très grande majorité climato sceptiques. Ils ont donc donné le pouvoir à des hommes politiques climato sceptiques,  avec pour conséquence, la baisse des engagements de l’Australie en matière de réduction de CO2. 

Propos de Jean-Christophe Victor pour l'émission "Le dessous des cartes". 
Retranscription écrite par Mariana-Hélène Firdion.
Photo CC0 Public Domain. 

L’Accord de Paris sur le climat est entré en vigueur :
L’Accord de Paris sur le climat est entré en vigueur :