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Compte rendu de la conférence du Conseil d’Etat du 14 septembre 2016 relative à l’enseignement supérieur et la recherche :

Publié le par Mariana-Hélène Firdion

* En présence de Patrick Gérard, Président adjoint et rapporteur général de la section du rapport et des études du Conseil d’État 
 
Intervention de Jean-Marc Rapp, Directeur du Centre du droit de l’entreprise de l’université de Lausanne, ancien recteur de l’université de Lausanne, ancien président de l’Association de l’Université Européenne (AUE), président du jury des initiatives d’excellence :

Depuis le début des années 2000, on tente de trouver une stratégie pour avoir de meilleures universités.  La décennie à venir sera consacrée à l’innovation et la recherche. 

Comment se situent les universités de l’Union européenne par rapport au reste du
monde ? Quel est leur niveau ? 
Tout d’abord il faut  dire que les classements internationaux des universités sont souvent biaisés car ils ne prennent en comptent que les matières scientifiques et ne tiennent pas compte des matières telles que les sciences humaines. 
Cependant ils donnent un point de vue important. 
C’est une perception baisée, mais elle compte tout de même pour les universitaires du monde entier. 
En général les ¾ des universités les mieux classées sont américaines, le reste se partage entre l’Asie et  l’Union européenne. On note d’ailleurs une hausse importante du niveau universitaire dans les Etats asiatiques ces dernières années. 

Les principaux défis mondiaux qui s’annoncent pour les universités sont :
- l’internationalisation ;
- le défi de la concurrence ;
- l’accélération du progrès scientifique ;
- l’avènement du savoir.

A ces défis, s’ajoutent deux autres défis pour l’Union européenne, il s’agit de :
- la démographie, en effet le taux de participation à l’enseignement est de 30%à75% selon les Etats ; 
- les ressources financières dans le secteur public des dépenses liées à l’université. 

De façon globale les universités sont prises en tenaille, on leur demande d’être toujours plus performantes, d’innover, de faire face à la concurrence, et en même temps on leur demande de réduire les dépenses publiques liées à l’enseignement supérieur. 

Pour répondre à ce défi, il faudrait :
- innover dans les missions des universités ; 
- internationaliser les ressources humaines,
- rationaliser la gouvernance des universités, 
- renforcer le leadership dans chaque université,
- créer une culture de qualité interne propre à chaque université,
 - et enfin élargir les ressources de financement, ce dernier point nécessite une autonomie plus grande pour les universités. 

De façon globale dans l’Union européenne, la réponse des Etats s’axe autour de deux points :
- redonner des moyens financiers aux universités, même si la tendance est à la baisse partout dans  l’Union européenne sauf en France, Allemagne et dans les Etats scandinaves ;
- octroyer plus d’autonomie aux universités. Il faudrait donner plus d’autonomie aux établissements. Beaucoup d’universités européennes sont entravées dans leur action car elles n’ont pas assez d’autonomie. A l’inverse aux Etats-Unis les universités ont beaucoup plus d’autonomie ce qui leur laisse une plus grande marge de manœuvre. 

A horizon 2020 se profile une modernisation des universités européennes. 
Il faudra suivre un processus de simplification des programmes de recherche, et réunir enseignement supérieur et recherche. Il existe cependant un risque : celui de voir des Etats membres de l’UE ne pas faire assez d’effort  en cas de programmes communs au détriment des autres. 


Intervention de Marion Guillou, Présidente d’Agreenium, ancienne présidente du conseil d’administration de l’École Polytechnique, ancienne PDG de l’INRA :

Quand on parle d’élites on met un « s ». En effet, ce terme recouvre une réalité multiple, on parle 
-d’élite culturelle;
-socio-économique;
-scientifique;
-celle des « influenceurs » .

Pour un Etat, former une partie des élites mondiales lui permet de s’assurer une influence, une attractivité. 
Les classements internationaux des universités ne reflètent pas la réalité. 
Par exemple, le classement de Shanghai ne mesure que la recherche, ce classement favorise les Etats-Unis dont les universités sont dotées de chercheurs qui produisent une grande masse de publications. 
La dotation de Harvard est inatteignable en France. Il faut penser spécialisation pour rester performant en France et augmenter les frais d’entrée à l’université pour assurer aux établissements un meilleur budget global de fonctionnement. 

Du point de vue des établissements il faut :
- réinterroger les besoins de la société, et à partir de là seulement créer les licences et masters correspondants aux besoins du marché du travail ;
- recruter les bons étudiants et internationaliser leur recrutement ; 
- assurer une diversification des ressources en augmentant la part des ressources découlant du privé ( des entreprises) et des droits d’entrée ; 
- se demander si le regard que l’on porte sur nos universités est le bon ; 
-augmenter la place liée à la créativité et au collectif ;
- se concentrer sur la recherche des talents, c’est de talents dont l’université a surtout besoin, plus que de technologie. 

Enfin, l’Etat devra se décider à conduire une politique incitative au regard des universités, par exemple il faut accepter la  diversification parmi les universités. Si on veut des campus d’excellence, il faut accepter que certaines universités aient plus de dotations que d’autres. 
Cependant, il ne faut pas créer de modèle unique, s’aligner sur Shanghai serait une erreur en France car on a des établissements d’excellence. Il faut faire de la langue française un atout, n’oublions pas qu’elle est parlée par plus des 700 millions de personnes à travers le monde. Signe positif, selon un sondage, 27% des parents chinois souhaitent que leur enfant aille un jour étudier dans une université française. 

Intervention de Carlos Moedas, Commissaire européen à la recherche, à l’innovation et à la science : 
On a commencé à parler d’élite européenne en matière de recherche à partir du début du 20ème siècle. 
Or, d’ici 30 ans plus aucun Etat membre de l’Union européenne ne fera partie du G7. 
Il est donc important de continuer à former une élite européenne pour que  l’Union européenne puisse se battre face au reste du monde. 
Pour cela, il faut :
- plus de coopération entre les différentes disciplines universitaires ;
- une ouverture au monde et aux publications ;
- faire en sorte que les citoyens soient plus au centre de la science.

Il faut de manière générale donner plus de liberté aux scientifiques. Il faut créer des réseaux de coopération. L’enseignement du futur ne se fera plus à l’université mais sera centré autour de l’individu.  L'évaluation de la valeur de l’individu se fera  vis-à-vis de ses réseaux et connaissances. 
Les universités s’achemineront inexorablement vers une disparition programmée. 
La connaissance doit être ouverte mais les droits intellectuels doivent restés protégés. 
Partager la connaissance est essentiel pour créer toujours plus de connaissances. 
Les universités disparaîtront et le savoir se fera par exemple par des cours donnés en ligne par les professeurs. 


 

Propos recueillis par Mariana-Hélène Firdion © Tous droits réservés.
Photos de Mariana-Hélène Firdion, le Conseil d'État © Tous droits réservés.
 

Compte rendu de la conférence du Conseil d’Etat du 14 septembre 2016 relative à l’enseignement supérieur et la recherche :
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